Régime des impatriés freelance 2026 — art. 155 B CGI : exonération 30 % de la rémunération pendant 8 ans pour SASU et présidents impatriés

Le régime des impatriés (art. 155 B CGI) exonère jusqu'à 30 % de la rémunération brute (prime d'impatriation), 100 % des jours travaillés à l'étranger, 50 % des produits financiers et 50 % des plus-values mobilières étrangères pendant 8 ans pour les freelances qui rentrent en France après 5 ans de non-résidence. Réservé aux salariés et assimilés salariés (SASU, SAS — exclus EI / EURL gérant majoritaire / micro). Cas chiffré dev IA SASU 100 k€ rapatrié de Lisbonne (~ 92 800 € d'IR économisés sur 8 ans), articulation avec exit tax, conventions fiscales et 6 pièges critiques.

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Vous avez vécu deux ans à Lisbonne sous le régime IFICI portugais, trois ans à Dubaï où l'impôt sur le revenu est à 0 %, ou quatre ans à Berlin comme salarié d'une scale-up allemande. Vous décidez de rentrer en France — pour la famille, le climat, la qualité de vie, ou parce que votre client principal est désormais à Paris et que les déplacements répétés ne tiennent plus. Vous craignez qu'avec un retour en France votre rémunération soit immédiatement taxée à 41 ou 45 % de TMI, plus les cotisations, et que votre net mensuel s'effondre.

Le régime des impatriés (article 155 B du CGI, créé par la loi du 4 août 2008 puis durci-amélioré par la LFI 2017) répond exactement à cette situation. Pendant 8 ans, il exonère d'impôt sur le revenu jusqu'à 30 % de votre rémunération brute (la « prime d'impatriation »), ainsi que 100 % de la fraction correspondant aux jours travaillés à l'étranger, 50 % des produits financiers étrangers (intérêts, dividendes de comptes-titres logés hors France) et 50 % des plus-values mobilières étrangères. C'est l'un des régimes de faveur les plus puissants du droit fiscal français, et il est largement sous-utilisé par les freelances qui ignorent qu'il s'applique aussi au président de SASU rapatrié.

Le piège : il est réservé aux salariés et assimilés salariés. Concrètement, votre SASU peut vous rapatrier comme président ou salarié (régime général) et vous donner accès au dispositif. Une EURL avec gérant majoritaire TNS, une EI ou une micro-entreprise en sont exclues — pas de « rémunération salariale » au sens de l'article 80 ter du CGI. Le choix de structure devient déterminant.

Cadre légal et historique

Le régime impatrié actuel résulte de l'article 121 de la loi de modernisation de l'économie du 4 août 2008, codifié à l'article 155 B du CGI. Objectif affiché à l'époque : attirer les cadres internationaux et favoriser le retour de talents français expatriés. La loi de finances pour 2017 (article 71) en a considérablement renforcé l'attractivité en portant la durée d'application de 5 à 8 ans à compter du 1er janvier 2017, alignant la France sur les régimes équivalents espagnol (Beckham, 6 ans) et portugais (RNH puis IFICI, 10 ans).

La doctrine administrative se trouve aux références BOI-RSA-GEO-40-10-10 (champ et conditions) et BOI-RSA-GEO-40-10-20 (modalités d'application), avec compléments sur les produits financiers (BOI-RPPM-RCM-20-10-20-70) et les plus-values mobilières (BOI-RPPM-PVBMI-50-10-20). La déclaration s'effectue chaque année sur la 2042 case 1AJ pour les salaires (en mentionnant la prime d'impatriation case 1DY pour la part exonérée), et 2042 C cases 8TQ pour les produits financiers étrangers.

Les 4 conditions cumulatives

Le régime n'est pas un guichet ouvert : il filtre strictement les profils éligibles via 4 verrous combinés. Un seul oubli rend le régime inapplicable et expose à un redressement complet sur les 3 dernières années (article L169 LPF).

1. Non-résidence fiscale française pendant les 5 années précédentes

Vous ne devez pas avoir été domicilié fiscalement en France au sens de l'article 4 B du CGI au cours des 5 années civiles précédant votre prise de fonctions en France. Concrètement, si vous prenez vos fonctions de président de SASU le 1er janvier 2026, vous ne devez avoir été résident fiscal français à aucun moment entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2025 — peu importe la durée passée hors de France pendant cette période, seul le statut de résident est regardé.

Le foyer fiscal français (conjoint, enfants à charge restés en France) ne suffit pas à lui seul à requalifier la résidence si les 4 critères de l'art. 4 B (foyer / lieu de séjour principal / activité professionnelle / centre des intérêts économiques) penchent majoritairement à l'étranger. Mais un foyer en France + une activité partielle en France pendant la période d'expatriation peuvent disqualifier le régime — d'où l'importance d'avoir formellement transféré sa résidence (formulaire 2042 NR, attestation de non-résidence du pays d'accueil, conventions fiscales mobilisées).

2. Prise de fonctions en France à compter du 6 juillet 2016

Le régime en vigueur (8 ans, élargi aux dirigeants assimilés salariés et étendu aux produits financiers étrangers) s'applique aux personnes ayant pris leurs fonctions à compter du 6 juillet 2016. Les impatriations antérieures relèvent de l'ancien régime (durée 5 ans, périmètre plus restreint), désormais éteint pour les nouveaux dossiers.

La « prise de fonctions » correspond à la date d'entrée effective dans l'emploi : pour un président de SASU, c'est la date de la décision de l'associé unique le nommant président (PV de nomination + extrait Kbis), pas la date de création de la société si vous êtes resté à l'étranger après l'immatriculation.

3. Embauche par une entreprise établie en France

Vous devez être recruté par une entreprise établie en France : soit un groupe étranger qui vous mute ou vous détache vers sa filiale française (« impatriation intra-groupe »), soit une entreprise française qui vous recrute directement à l'étranger (« impatriation directe »). Pour le freelance, c'est cette seconde voie qui est utilisée : la SASU créée en France vous recrute en qualité de président. La création de la SASU et la signature du procès-verbal de nomination doivent intervenir avant votre installation effective en France pour que le contrat soit considéré comme conclu à l'étranger.

L'impatriation auto-créée (vous créez votre propre SASU pour vous embaucher) est admise par la doctrine BOI-RSA-GEO-40-10-10 § 80, à condition que la société ne soit pas une coquille créée artificiellement le seul jour du retour : la SASU doit avoir une activité économique réelle et la rémunération doit être en cohérence avec le marché.

4. Salarié ou assimilé salarié

Le régime ne s'applique qu'aux traitements et salaires au sens de l'article 80 ter du CGI : les rémunérations versées aux dirigeants relevant du régime fiscal des salariés (président de SASU, président de SAS, PDG de SA, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL, directeur général de SAS).

Sont exclus :

  • Les gérants majoritaires de SARL et les gérants associés uniques d'EURL (rémunération relevant de l'article 62 du CGI, soumise au régime TNS — voir se payer en EURL)
  • Les entrepreneurs individuels (BIC ou BNC — bénéfice professionnel, pas un salaire)
  • Les micro-entrepreneurs (régime micro-BIC ou micro-BNC, jamais des salaires)
  • Les professionnels libéraux exerçant en nom propre (BNC déclaration contrôlée 2035)
  • Les associés-gérants de SCP / SCM (rémunération relevant des BNC)

Pour un freelance qui revient en France et veut activer le régime impatriés, la SASU est le seul véhicule opérationnel — et c'est précisément ce qui rend l'arbitrage de structure crucial avant le retour.

Les 4 exonérations cumulables

1. La prime d'impatriation (jusqu'à 30 % de la rémunération brute)

Le supplément de rémunération versé en compensation des sujétions liées à l'impatriation est exonéré d'impôt sur le revenu. Pour la fixer concrètement, deux options :

  • Option A — montant réel : la prime peut être plafonnée par comparaison avec la rémunération versée par l'entreprise pour des fonctions analogues à des salariés non impatriés (« salaire de référence local »). C'est la voie la plus précise mais la plus exposée en cas de contrôle (l'administration peut contester le salaire de référence).
  • Option B — forfait 30 % : sur option du contribuable et sans justification, la prime d'impatriation est forfaitairement fixée à 30 % de la rémunération nette globale. Option irrévocable pour la durée du régime (8 ans), à exercer dans la déclaration de la première année.

Le forfait 30 % est l'option que choisissent ~80 % des bénéficiaires : il sécurise complètement le régime, supprime tout risque de contestation sur le salaire de référence et offre une exonération massive sans justification.

2. La fraction de rémunération correspondant aux jours travaillés à l'étranger (100 % d'exonération)

La part de salaire correspondant aux jours réellement travaillés hors de France est totalement exonérée d'IR, dans la limite globale de 50 % de la rémunération imposable totale (l'option globale 50 % est cumulée avec la prime d'impatriation pour vérifier que l'ensemble exonéré ne dépasse pas ce plafond). Pour un freelance avec des clients à Berlin, Madrid ou Lisbonne qui passe ~ 60 jours/an chez ses clients européens, cette fraction représente ~ 23 % de la rémunération annuelle (60/260) — soit, sur 100 k€ brut, ~ 23 000 € d'exonération supplémentaire.

Justificatifs à conserver 10 ans (article L102 B LPF) : agenda détaillé, billets de train / avion, hôtels, factures de mission, échanges avec les clients prouvant la présence physique à l'étranger.

3. Les produits financiers étrangers (50 % d'exonération)

Les intérêts, dividendes et autres produits versés par des établissements établis à l'étranger (compte-titres aux États-Unis, ETF logés en Irlande chez Interactive Brokers, livrets en Suisse) bénéficient de 50 % d'exonération d'IR, mais restent intégralement soumis aux prélèvements sociaux 17,2 %. Le PFU 12,8 % d'IR est ainsi divisé par deux (effectif 6,4 %), portant la fiscalité totale à 23,6 % au lieu de 30 % standard. Sur 5 000 € d'intérêts annuels, l'économie est de ~ 320 €/an — modeste à l'échelle individuelle, mais cumulable avec les autres exonérations.

Restriction : les comptes doivent être tenus à l'étranger (donc déclarés sur formulaire 3916/3916-bis en parallèle), et l'État tiers doit avoir conclu avec la France une convention d'assistance administrative en matière fiscale (la quasi-totalité des pays UE, OCDE et grandes places financières sont couverts).

4. Les plus-values de cession de valeurs mobilières étrangères (50 %)

Les plus-values de cession de valeurs mobilières détenues hors de France bénéficient également de 50 % d'exonération d'IR (PFU 12,8 % réduit à 6,4 % effectif), avec la même restriction géographique. Pour un freelance qui détient un portefeuille d'ETF chez Trade Republic Allemagne ou Interactive Brokers Irlande, la cession partielle pendant la fenêtre de 8 ans est nettement plus avantageuse que l'arbitrage post-régime au PFU plein.

Cas chiffré complet : Sophie, dev IA rapatriée de Lisbonne

Sophie, 32 ans, développeuse IA freelance, a vécu 4 ans à Lisbonne sous le régime portugais IFICI (ex-RNH). Son client principal devient une banque parisienne en 2025 ; elle décide de rentrer en France au 1er janvier 2026 et de créer une SASU. Elle prévoit une rémunération brute de 100 000 €/an, avec environ 40 jours/an de mission physique chez des clients en Allemagne et Espagne (~ 15 % du temps de travail). Son foyer est composé d'elle seule (célibataire, sans enfant).

Sans le régime impatriés (situation standard)

Rémunération brute 100 000 €, charges patronales SASU ~ 42 % = ~ 42 000 € de cotisations patronales, charges salariales ~ 22 % = ~ 22 000 €. Salaire net avant IR ~ 78 000 €. Net imposable après abattement 10 % (frais professionnels) = ~ 70 200 €. IR au barème progressif célibataire : 1ʳᵉ tranche 0 % jusqu'à 11 497 €, 11 % entre 11 497 et 29 315 €, 30 % entre 29 315 et 83 823 €, donc IR ≈ 13 230 €. Net après IR ≈ 64 770 €/an soit ~ 5 400 €/mois.

Avec le régime impatriés (option forfait 30 %)

Application du forfait 30 % sur les 78 000 € de salaire net : prime d'impatriation = 23 400 € exonérée. Net imposable initial = 78 000 − 23 400 = 54 600 €. À cela s'ajoute la fraction des 40 jours travaillés à l'étranger (40/260 × 54 600) = ~ 8 400 € également exonérée. Reste imposable : ~ 46 200 €. Après abattement 10 % : ~ 41 580 €. IR au barème : ~ 5 670 €. Net après IR ≈ 72 330 €/an soit ~ 6 030 €/mois.

Différentiel : ~ 7 560 €/an × 8 ans = ~ 60 480 €

Sur la durée complète du régime (8 ans), Sophie économise environ 60 500 € d'impôt sur le revenu. Si elle ajoute un portefeuille de 50 000 € chez Trade Republic Allemagne générant ~ 3 % de dividendes annuels (~ 1 500 €), l'exonération 50 % lui économise ~ 96 €/an supplémentaires (PFU 6,4 % vs 12,8 %) — soit ~ 770 € sur 8 ans, montant marginal mais cumulable. Et si elle cède les titres à la fin du régime avec une plus-value latente de 30 000 €, l'exonération 50 % au moment de la cession (si elle est réalisée pendant la fenêtre 2026-2033) lui économise ~ 1 920 € supplémentaires.

Total optimisé : ~ 63 200 € d'économie sur 8 ans, pour zéro coût administratif (option exercée sur la déclaration 2042 case 1DY, documentation technique conservée 10 ans).

Tableau comparatif structures freelance et régime impatriés

StructureType de revenuRégime impatriés ?Pourquoi
SASU / SASSalaire président (assimilé salarié, art. 80 ter)✅ OuiRégime fiscal des salariés
SARL gérant minoritaire ou égalitaireSalaire (art. 80 ter)✅ OuiRégime fiscal des salariés
EURL gérant associé uniqueRémunération art. 62 CGI (TNS)❌ NonPas un salaire
SARL gérant majoritaireRémunération art. 62 CGI (TNS)❌ NonPas un salaire
EI (BIC ou BNC)Bénéfice professionnel❌ NonPas un salaire
Micro-entrepreneurRecettes micro-BIC ou micro-BNC❌ NonPas un salaire
SEL (SELARL gérant majoritaire)Rémunération art. 62 CGI (TNS)❌ NonPas un salaire
SELAS / SELASUSalaire président (assimilé salarié)✅ OuiRégime fiscal des salariés
Portage salarialSalaire (contrat de travail société de portage)✅ OuiRégime fiscal des salariés

Articulation avec d'autres dispositifs

Avec l'exit tax (article 167 bis CGI)

Si Sophie était partie à Lisbonne avec des plus-values latentes > 800 k€ ou des participations > 50 % dans une société française, elle aurait dû à son départ constituer un sursis ou paiement de l'exit tax. Le retour en France met fin à l'exit tax (déchéance du sursis sans imposition supplémentaire si le retour intervient dans les délais réglementaires). Le régime impatriés démarre alors normalement à compter de la prise de fonctions en France.

Avec les conventions fiscales (Portugal IFICI / Espagne Beckham / Émirats)

Le régime impatriés s'applique au revenu imposable français après application de la convention fiscale bilatérale. Si Sophie maintient pendant le régime impatriés une activité résiduelle au Portugal (mission ponctuelle chez un ancien client), la convention France-Portugal détermine le pays d'imposition de cette fraction (souvent crédit d'impôt) avant que le régime impatriés ne s'applique sur le solde imposable en France.

Avec le PER (plan d'épargne retraite) et l'assurance-vie

Le versement sur un PER reste déductible du revenu imposable dans la limite du plafond annuel (10 % de la rémunération nette plafonnée à 8 PASS). Mais l'intérêt fiscal du PER dépend de la TMI réelle : avec le régime impatriés qui réduit déjà fortement l'assiette taxable, la TMI marginale peut tomber de 30 % à 11 %, rendant le PER moins efficace pendant les 8 ans. Stratégie recommandée : privilégier l'assurance-vie (capitalisation sans déduction) et le PEA-PME pendant le régime impatriés, puis basculer sur le PER une fois le régime éteint si la TMI repasse à 30/41 %.

Avec les dividendes SASU

Le régime impatriés concerne les salaires, pas les dividendes. Les dividendes versés par votre SASU restent soumis au PFU 31,4 % standard (ou option barème). Mais le régime impatriés permet aussi 50 % d'exonération sur les dividendes de comptes-titres logés à l'étranger — ce qui invite à conserver ses portefeuilles de placements en compte-titres étranger (Trade Republic, IBKR, eToro) plutôt que de les rapatrier sur un compte-titres français pendant la fenêtre 8 ans.

Procédure pas à pas

La procédure est entièrement déclarative — pas de demande préalable ni d'agrément à obtenir. Mais l'option et la documentation technique doivent être soigneusement constituées.

  1. Avant le retour — rassembler les preuves de non-résidence française pendant 5 ans (attestation de résidence du pays d'accueil, déclarations fiscales locales, baux, factures, formulaire 2042 NR si déjà déclaré comme non-résident en France).
  2. Création de la SASU avant le retour effectif — l'immatriculation au RCS, l'ouverture du compte bancaire de la société, le PV de nomination du président (vous) doivent être datés avant votre installation physique en France. Domiciliation possible chez un prestataire (Legalstart, Shine, Qonto) en attendant le local définitif.
  3. Retour effectif et prise de fonctions — c'est cette date qui déclenche le compteur 8 ans. À documenter (déménagement, bail français, inscription mairie, ouverture compte bancaire personnel).
  4. Mise en place de la paie fiche de paie SASU mensuelle via Payfit / Silae / Sage avec mention de la prime d'impatriation en bas du bulletin (rubrique exonérée), DSN mensuelle, cotisations URSSAF standard.
  5. Première déclaration 2042 (mai-juin 2027 pour revenus 2026) — report du salaire imposable case 1AJ (= salaire net moins prime d'impatriation moins jours travaillés à l'étranger), prime d'impatriation case 1DY (montant exonéré), case 8TQ pour produits financiers étrangers exonérés à 50 %, formulaire 3916/3916-bis pour comptes étrangers, option forfait 30 % en case dédiée.
  6. Suivi annuel — chaque année jusqu'à la 8ᵉ, reproduire le calcul et la déclaration. Conserver agendas, factures de mission, attestations d'hôtels et de transports prouvant les jours hors France.

Les 6 pièges critiques

Piège n°1 — Mauvaise interprétation des « 5 années précédentes »

L'article 155 B exige une non-résidence pendant 5 années civiles complètes. Si vous êtes parti en juillet 2020 et que vous rentrez en janvier 2026, l'année 2020 partielle compte comme année française (résidence française jusqu'à juillet) — il vous manque techniquement quelques mois. L'administration applique strictement la règle des années civiles complètes : un retour au 1er janvier 2026 nécessite une non-résidence du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2025 inclus, donc un départ avant le 1er janvier 2021. Décaler le retour de 6-12 mois peut sécuriser l'éligibilité.

Piège n°2 — Salaire de référence local mal documenté (option A)

Si vous choisissez l'option A (montant réel) plutôt que le forfait 30 %, vous devez documenter un salaire de référence pour des fonctions analogues à celles de salariés français non impatriés. Pour un président de SASU dev IA à 100 k€, c'est défendable (équivalent CTO / lead dev senior secteur tech). Mais sans benchmark chiffré (grilles APEC, étude Robert Half, étude Hays Tech), l'administration peut requalifier la prime d'impatriation en complément de salaire taxable. Stratégie : privilégier systématiquement le forfait 30 % qui est forfaitaire et ne nécessite aucune justification.

Piège n°3 — Plafond global 50 % de la rémunération imposable

L'ensemble des deux exonérations (prime d'impatriation + jours travaillés à l'étranger) est plafonné à 50 % de la rémunération totale. Cette règle s'applique automatiquement : si la prime forfaitaire 30 % + les jours hors France représentent plus de 50 %, la fraction excédentaire est réintégrée au revenu imposable. Pour un freelance avec 60 jours hors France (~ 23 % de la rémunération) + prime forfait 30 % = 53 % : 3 % sont réintégrés. Anticiper le plafond pour éviter les mauvaises surprises sur la déclaration.

Piège n°4 — Choix d'une structure non éligible

Le piège le plus coûteux. Un freelance qui rentre du Portugal et crée une EURL ou une EI au lieu d'une SASU perd définitivement le bénéfice du régime impatriés — il n'y a pas de rattrapage possible une fois la prise de fonctions effective. La SASU est plus coûteuse en cotisations sociales (~ 80 % vs ~ 45 % en TNS pour une rémunération équivalente), mais le différentiel d'IR sur 8 ans grâce au régime impatriés compense largement. Comparaison à faire systématiquement avec un fiscaliste avant le retour en intégrant les 8 années de régime impatriés dans l'équation.

Piège n°5 — Requalification de la résidence fiscale rétroactive

Si l'administration considère que vous êtes resté résident fiscal français pendant votre période d'expatriation (foyer en France, conjoint et enfants restés en France, intérêts économiques principaux français), elle peut requalifier rétroactivement votre statut, vous priver du régime impatriés, et redresser sur les années non prescrites (3 ans pour l'IR standard, jusqu'à 10 ans en cas de manquement délibéré ou activité occulte). Documentation cruciale : déclarations fiscales du pays d'accueil, certificat de résidence fiscale du pays d'accueil, baux, factures eau / électricité / téléphone à l'étranger, relevés bancaires montrant les flux principaux à l'étranger.

Piège n°6 — Départ pendant la période de 8 ans

Le régime impatriés est conditionné au maintien de la résidence fiscale française pendant toute la durée du régime. Si vous repartez à l'étranger avant la 8ᵉ année (par exemple, vous quittez la France au bout de 4 ans pour Dubaï), le régime cesse à compter de votre départ et ne peut être réactivé qu'après 5 nouvelles années civiles de non-résidence française complètes. Anticiper sa stratégie internationale sur 8 ans avant de bénéficier du régime.

FAQ

Le régime est-il limité à un certain niveau de rémunération ?

Non, il n'y a aucun plafond de rémunération pour entrer dans le régime impatriés. Un président de SASU rapatrié avec 50 k€ comme avec 500 k€ est éligible, sous réserve des conditions cumulatives (non-résidence 5 ans, prise de fonctions après 6 juillet 2016, salarié ou assimilé salarié).

Faut-il être de nationalité française ?

Non. Le régime est accessible aux Français rapatriés et aux étrangers (UE ou hors UE) qui prennent leurs fonctions en France pour la première fois. Un dev allemand qui s'installe à Paris pour son client français peut bénéficier du régime au même titre qu'un Français qui rentre de Lisbonne.

Combien de temps après mon retour puis-je déclarer ?

L'option pour le régime se fait sur la première déclaration des revenus suivant la prise de fonctions. Pour un retour le 1er janvier 2026, l'option est exercée sur la 2042 déposée en mai-juin 2027 (revenus 2026). Aucune démarche préalable. Le forfait 30 % est irrévocable une fois opté.

Puis-je cumuler le régime impatriés avec l'ACRE ?

Oui. L'ACRE (exonération de cotisations sociales) et le régime impatriés (exonération d'IR) sont totalement indépendants et cumulables sur la première année d'activité. Sur 100 k€ de rémunération, c'est ~ 25 k€ de cotisations salariales en moins via l'ACRE + ~ 7 500 € d'IR en moins via le régime impatriés = un effet combiné d'environ 32 500 € pour la 1ʳᵉ année.

Que se passe-t-il à la fin des 8 ans ?

Le régime cesse automatiquement le 31 décembre de la 8ᵉ année. La rémunération du président de SASU bascule en imposition standard au barème progressif sans exonération, et les produits financiers étrangers redeviennent intégralement soumis au PFU 30 %. Anticiper la fin du régime ~ 6 mois avant pour ajuster l'arbitrage salaire / dividendes et activer d'autres leviers (PER, mécénat, holding mère-fille).

Le régime est-il opposable à l'administration via un rescrit ?

Oui. Pour les situations sensibles (auto-impatriation par création de sa propre SASU, conditions de non-résidence limites, salaire de référence option A), un rescrit fiscal peut être déposé sur la base de l'article L80 B du LPF. La réponse formelle de la DRFiP sécurise totalement le régime pour 8 ans tant que les conditions de fait et de droit ne changent pas.

Sources officielles

Pour tester l'impact du régime impatriés sur votre rémunération nette en SASU, utilisez notre simulateur en activant le statut SASU IS et en intégrant la prime d'impatriation comme exonération supplémentaire dans le calcul d'IR. Comparez avec le statut EURL gérant majoritaire pour mesurer le coût d'opportunité d'un mauvais choix de structure au moment du retour.

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