Le pédicure-podologue libéral exerce une profession paramédicale réglementée, conventionnée avec l'Assurance Maladie, et affiliée à la caisse CARPIMKO — exactement comme le kinésithérapeute, l'infirmier libéral ou l'orthophoniste. Cette appartenance au monde conventionné CPAM conditionne entièrement le choix du statut juridique : une SASU classique ou une EURL IS sont inaccessibles pour facturer en conventionné. En 2026, le BNC (bénéfices non commerciaux) reste la voie quasi-universelle, avec un arbitrage micro-BNC vs déclaration contrôlée 2035 selon le niveau de charges réelles.
1. Quel statut juridique pour le pédicure-podologue libéral ?
Le pédicure-podologue libéral conventionné CPAM ne peut pas exercer via une SASU ou une EURL classiques à l'IS. La convention nationale impose que les honoraires soient perçus par le praticien lui-même (ou par une société d'exercice libéral agréée). Pour la très grande majorité, cela se traduit par un exercice en nom propre sous le régime fiscal BNC.
Exercice en nom propre : L'écrasante majorité des pédicures-podologues libéraux exercent en entreprise individuelle (EI) avec le régime BNC. Deux options fiscales s'offrent alors :
- Micro-BNC (abattement forfaitaire 34 % sur les recettes, plafond 77 700 € de CA) — simple, sans comptabilité lourde, mais peu adapté si les charges réelles dépassent 34 % du CA.
- Déclaration contrôlée 2035 (régime réel BNC) — déduction des charges réelles, amortissement du matériel, cotisations Madelin déductibles. Obligatoire au-delà de 77 700 € de recettes.
SELURL ou SELAS : Ces sociétés d'exercice libéral sont accessibles aux podologues, à condition d'obtenir l'agrément de l'ordre professionnel (CNPP) et de renégocier la convention CPAM au nom de la société. La règle des 10 % du capital social (cotisations CARPIMKO sur la fraction des dividendes excédant ce seuil) rend la SELURL peu attractive si le capital est faible. La SELAS (assimilé salarié, flat tax 31,4 % sur les dividendes) devient pertinente au-delà de 80 000 € de CA, mais nécessite un capital bien capitalisé et plusieurs milliers d'euros de frais de mise en conformité.
SCM (Société Civile de Moyens) : Très répandue chez les podologues qui partagent un local et du matériel. La SCM n'exerce pas elle-même ; chaque associé reste en BNC individuel et refacture les charges communes à la SCM. Elle n'a aucun impact sur le régime fiscal personnel.
2. Cotisations CARPIMKO 2026
Les pédicures-podologues conventionnés sont affiliés à la CARPIMKO (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs-Kinésithérapeutes, Pédicures-Podologues, Orthophonistes et Orthoptistes). Les cotisations 2026 s'articulent autour de quatre branches :
- Retraite de base SSI : 17,75 % des revenus jusqu'à 1 PASS (47 100 €), puis taux dégressif au-delà. Pour un CA net de 55 000 €, cela représente environ 6 000 à 7 000 €/an.
- Retraite complémentaire CARPIMKO — cotisations forfaitaires par classes A à H, selon les revenus de l'avant-dernière année (N-2). En début d'activité, la classe minimale (A) représente environ 700 €/an ; la classe H (revenus les plus élevés) peut atteindre 7 200 €/an.
- ASV (Avantage Social Vieillesse) : Pour les podologues conventionnés secteur 1, la CPAM prend en charge les 2/3 de cette cotisation. La fraction « praticien » restant à votre charge représente environ 400 à 700 €/an.
- Invalidité-décès : Cotisation forfaitaire d'environ 200 à 350 €/an selon la classe.
À ces cotisations CARPIMKO s'ajoutent les cotisations URSSAF maladie PAMC : environ 6,5 % de la rémunération conventionnée, plus la CSG/CRDS (9,2 % dont 6,8 % déductibles) et les allocations familiales (3,1 %).
Choc de régularisation en N+1 : La première année d'installation, l'URSSAF applique des cotisations provisionnelles calculées sur une assiette forfaitaire. La régularisation intervient l'année suivante sur la base des revenus réels. Prévoyez de provisionner 35 à 40 % de vos recettes nettes pour faire face à ce rattrapage.
3. TVA : actes thérapeutiques vs soins esthétiques podaux
Les actes de pédicurie-podologie à visée thérapeutique (soins des pathologies des pieds, orthèses plantaires, rééducation podologique conventionnée CPAM) sont exonérés de TVA en vertu de l'article 261-4-1° du CGI, qui exonère les soins aux personnes dispensés par les membres des professions médicales et paramédicales réglementées.
En revanche, les soins à visée esthétique pure (pédicurie de confort, pose de vernis semi-permanent, soins spa des pieds sans indication thérapeutique) sont soumis à la TVA au taux normal de 20 % dès lors que votre CA dépasse le seuil de franchise (37 500 € pour les BNC de services). Si vous franchissez ce seuil, vous devrez ventiler précisément vos recettes entre actes thérapeutiques exonérés et prestations esthétiques taxables.
Concrètement, la majorité des pédicures-podologues libéraux exercent quasi-exclusivement en conventionné thérapeutique et restent sous le seuil de franchise TVA. Mais si vous développez une activité complémentaire de bien-être podal ou de soins cosmétiques, anticipez l'assujettissement à la TVA.
4. Honoraires et nomenclature SP 2026
Les actes remboursés par l'Assurance Maladie sont cotés selon la nomenclature des soins podologiques (lettres-clés SP). En 2026, la valeur de la lettre SP est de 9,15 €. Quelques actes courants :
- SP 3.5 : Bilan podologique ≈ 32 €
- SP 2.0 : Soin courant (durillon, ongle incarné simple) ≈ 18 €
- SP 5.5 : Soin complexe (pied diabétique, plaie chronique) ≈ 50 €
- Orthèse plantaire (semelle) : Honoraires libres, non remboursés sauf dispositif médical sur prescription — en pratique 100 à 400 €/paire selon la complexité.
Le CA annuel d'un podologue libéral varie typiquement entre 40 000 et 80 000 €, selon le volume de consultations (20 à 30 patients/jour à plein temps), la localisation et la part d'actes hors nomenclature (orthèses, semelles).
5. Frais déductibles spécifiques au pédicure-podologue
En régime réel BNC (déclaration contrôlée 2035), vous pouvez déduire l'intégralité de vos charges professionnelles réelles :
- Matériel podologique : fraiseuse podologique (1 500 à 4 000 €), mobilier de cabinet (fauteuil podologique 2 000 à 5 000 €, meuble de rangement), amortis sur 5 à 10 ans.
- Autoclave et stérilisation : 1 500 à 3 000 €, amortissement sur 5 à 7 ans. Obligatoire réglementairement.
- Consommables podologiques : fraises, disques, compresses, gants, produits de soins — comptabilisés directement en charges (compte 601/602).
- Logiciels de gestion : Doctolib (~2 400 €/an), Stellarcare, Geslab ou équivalent (~600 à 1 200 €/an).
- RC Pro : 400 à 800 €/an selon l'assureur.
- IK déplacements : visites à domicile pour patients à mobilité réduite, barème kilométrique 2026 (0,529 €/km pour un véhicule 5 CV thermique, +20 % pour véhicule électrique). Un registre kilométrique daté est obligatoire.
- Formation continue DPC : financement FIFPL jusqu'à ~3 500 €/an pour les professions libérales.
- Cotisations CARPIMKO complémentaire (contrat Madelin) : Déductibles uniquement en régime réel BNC au titre de l'article 154 bis du CGI — non déductibles en micro-BNC (l'abattement forfaitaire de 34 % est censé couvrir toutes les charges).
- Loyer du cabinet ou quote-part SCM : loyer commercial ou charges de SCM 100 % déductibles.
6. Micro-BNC ou déclaration contrôlée 2035 : le seuil de bascule
La question clé est simple : vos charges réelles dépassent-elles 34 % de votre CA ?
- Si vos charges réelles < 34 % du CA : le micro-BNC est gagnant. Avec 55 000 € de recettes, l'abattement forfaitaire représente 18 700 €. Tant que vos charges effectives restent inférieures à ce montant, restez en micro.
- Si vos charges réelles > 34 % du CA : la déclaration contrôlée 2035 permet de déduire l'excédent. C'est typiquement le cas lorsque vous avez un loyer significatif, du matériel récent à amortir ou des déplacements importants.
Un podologue en début d'activité avec un investissement initial en matériel (fraiseuse, autoclave, fauteuil ≈ 5 000 à 12 000 €) aura souvent intérêt à basculer au réel les premières années, puis éventuellement revenir au micro une fois le matériel amorti.
7. Simulation chiffrée : Léa, pédicure-podologue, 55 000 € de CA
Léa, 31 ans, s'installe en libéral après un poste salarié en cabinet de groupe. Elle perçoit 55 000 € de recettes annuelles. Ses charges réelles s'élèvent à environ 14 000 € (loyer SCM 4 800 €, consommables 3 200 €, Doctolib 2 400 €, RC Pro 600 €, IK 2 000 €, divers 1 000 €).
Scénario A — Micro-BNC :
- Bénéfice imposable = 55 000 × 66 % = 36 300 €
- Cotisations sociales (URSSAF + CARPIMKO, base ≈ 36 300 €) ≈ 14 500 €
- Bénéfice après cotisations ≈ 21 800 €
- IR (TMI 30 %, après abattement 10 %) ≈ 4 300 €
- Net mensuel estimé ≈ 1 460 €/mois
Scénario B — BNC réel 2035 :
- Bénéfice imposable = 55 000 − 14 000 (charges réelles) = 41 000 €
- Cotisations sociales (base ≈ 41 000 €, cotisations Madelin déductibles) ≈ 15 800 €
- Bénéfice net après cotisations ≈ 25 200 €
- IR (TMI 30 %) ≈ 5 200 €
- Net mensuel estimé ≈ 1 667 €/mois
Dans ce cas précis, le réel est légèrement gagnant car les charges réelles (14 000 €, soit 25 % du CA) sont inférieures à l'abattement micro (18 700 €), mais la déductibilité des cotisations Madelin CARPIMKO au réel compense la différence. En pratique, avec des frais réels de 14 000 €, le micro-BNC reste très compétitif ; la bascule au réel ne s'impose vraiment qu'au-delà de 18 700 € de charges effectives, ou si vous souhaitez bénéficier de la déductibilité Madelin dès la première année.
8. Zones sous-dotées et exonérations géographiques
ZSD/ZIP (zones sous-dotées ARS) : Si vous vous installez dans une zone identifiée comme déficitaire en pédicures-podologues par l'ARS régionale, vous pouvez bénéficier d'aides à l'installation versées par la CPAM (aide à l'installation, aides au maintien). Ces aides ne sont pas imposables et ne constituent pas des recettes professionnelles URSSAF.
ZRR / France Ruralités Revitalisation : En application de l'article 44 quindecies A du CGI, si votre cabinet est situé dans une commune éligible (généralement < 25 000 habitants en zone FRR), vous bénéficiez d'une exonération d'IR à 100 % pendant les 5 premières années d'activité, puis dégressive les 3 années suivantes. Combinez cette exonération avec les aides ARS pour un effet maximal en début d'installation.
9. Stratégie ARE + SELAS pour maximiser le revenu net en phase de lancement
Si vous quittez un poste salarié pour vous installer, la stratégie classique est de créer une SELAS avant votre départ en CDI (via rupture conventionnelle ou démission légitime), puis de ne pas vous verser de salaire dans un premier temps. Vos allocations chômage ARE (non écrêtées par les dividendes SELAS) couvrent vos besoins courants pendant la montée en charge, tandis que les bénéfices s'accumulent dans la société pour être distribués en dividendes (flat tax 31,4 %) une fois vos droits ARE épuisés.
Exemple chiffré — Léa : 35 k€ brut en CDI, rupture conventionnelle, 55 000 € de CA la première année en SELAS.
- ARE estimée (France Travail) ≈ 26 000 €/18 mois (≈ 1 444 €/mois)
- Dividendes SELAS non écrêtés ≈ 11 000 € nets (après IS PME 15 % et flat tax 31,4 %)
- Total sur 18 mois ≈ 37 000 € nets
- Vs BNC réel sans ARE ≈ 30 000 € nets sur la même période — différentiel ≈ 7 000 €
Cette stratégie nécessite d'obtenir l'agrément CNPP et de renégocier la convention CPAM au nom de la SELAS, ce qui peut prendre 6 à 12 semaines. Anticipez ces démarches avant votre départ.
10. Retraite CARPIMKO et compléments
La retraite obligatoire d'un pédicure-podologue libéral repose sur trois piliers CARPIMKO :
- Section A — retraite de base SSI : Points acquis en fonction des cotisations sur les revenus jusqu'à 1 PASS.
- Complémentaire CARPIMKO : Rendement supérieur à l'AGIRC-ARRCO sur la tranche < 1 PASS ; cumuler les cotisations de la classe la plus élevée possible est une bonne stratégie long terme.
- ASV : L'avantage social vieillesse, co-financé par la CPAM, s'accumule tout au long de votre exercice conventionné.
Pour compléter, le PER (Plan Épargne Retraite) individuel permet une déduction fiscale dans la limite de 10 % du bénéfice + 15 % de la tranche entre 1 et 8 PASS. Un contrat Madelin prévoyance (déductible en réel BNC à hauteur de 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS) complète la couverture invalidité-décès.
11. Les 6 pièges à éviter
- Soins esthétiques podaux soumis à TVA 20 % : l'oubli le plus fréquent. Dès que vous dépassez 37 500 € de CA incluant des prestations de bien-être ou de beauté des pieds, ces dernières sont taxables à 20 %. Segmentez votre facturation dès le premier euro de soin esthétique.
- ASV déclarée en recettes CARPIMKO. La part ASV financée par la CPAM (2/3) ne constitue pas un revenu podologique. Seule la fraction praticien (1/3) est à votre charge. Ne déclarez pas la totalité de l'ASV comme revenu CARPIMKO, vous seriez doublement imposé.
- IK sans registre kilométrique daté. Chaque déplacement professionnel (visite à domicile, formation, ARS) doit être tracé dans un registre avec date, motif, adresse de départ et d'arrivée, et kilométrage. Sans ce document, l'URSSAF rejette systématiquement les indemnités kilométriques lors d'un contrôle.
- Cotisations CARPIMKO complémentaire non déductibles en micro-BNC. L'abattement forfaitaire de 34 % est censé couvrir toutes vos charges, y compris les cotisations Madelin. Si vous êtes en micro-BNC, vous ne pouvez pas déduire en plus les cotisations CARPIMKO complémentaire au titre de l'article 154 bis du CGI. Basculez au réel si vos cotisations retraite supplémentaires sont significatives.
- Choc de régularisation URSSAF en N+1 : provisionner 35-40 %. La première année, l'URSSAF calcule des cotisations provisionnelles sur une assiette minimale. Dès la deuxième année, la régularisation sur vos recettes réelles peut générer un rappel de 5 000 à 15 000 €. Provisionnez systématiquement 35 à 40 % de chaque encaissement dès le premier mois d'activité.
- Convention CPAM non transférable automatiquement à la SEL. Si vous passez en SELAS ou SELURL, votre convention individuelle avec la CPAM ne se transfère pas automatiquement à la société. Vous devez obtenir un avenant conventionnel spécifique à la SEL auprès de votre CPAM, en plus de l'agrément CNPP. Ce délai de 2 à 4 mois doit être anticipé pour ne pas interrompre votre activité conventionnée.
Conclusion
Pour la majorité des pédicures-podologues libéraux, le BNC en nom propre reste le statut optimal : simple, compatible avec la convention CPAM, et avec un abattement micro-BNC suffisant pour les profils à faibles charges. La déclaration contrôlée 2035 prend l'avantage dès que les frais réels dépassent 34 % du CA, notamment en début d'activité avec des investissements matériels ou un loyer de cabinet. La SELAS ne devient véritablement intéressante qu'au-delà de 80 000 € de CA, couplée à la stratégie ARE pour maximiser le revenu net en phase de lancement.
Utilisez notre simulateur fiscal pour comparer précisément votre net mensuel selon votre CA et votre mode d'exercice.
Articles connexes
- Kinésithérapeute libéral 2026 : statut, cotisations CARPIMKO et optimisation
- Infirmier libéral (IDEL) 2026 : BNC, CARPIMKO, statut juridique
- Orthophoniste libéral 2026 : cotisations et fiscalité
- Micro-entreprise vs EURL vs SASU : quel statut choisir ?
- Rupture conventionnelle pour se lancer en libéral 2026